L'histoire du sticker Ayat Al Kursi, et ce qu'elle nous a appris
Il y a des décisions qu'on prend facilement. Et il y en a d'autres qui coûtent quelque chose.
Celle-là en faisait partie.
On avait conçu un sticker Ayat Al Kursi. Le design était beau. La calligraphie soignée. Et on savait que ça aurait marché. Ayat Al Kursi, c'est l'ayat la plus connue du Coran. Tout le monde la connaît, tout le monde l'aime. Ça aurait été un best-seller.
La question qui a tout changé
Mais avant de valider quoi que ce soit, on soumet. C'est notre méthodologie, on en a parlé. Et c'est là que la réflexion a commencé.
Le Coran n'est pas de la décoration. Ce n'est pas une affirmation anodine. C'est une position fondée sur la manière dont les savants ont établi le rapport que le musulman doit entretenir avec le Livre d'Allah. Le Coran est fait pour être récité, médité, compris, appliqué. Pas pour orner un mur.
Et là, on a commencé à se poser les vraies questions.
Le risque qu'on ne voulait pas prendre
Mettre Ayat Al Kursi sur un sticker, c'est s'exposer à plusieurs dérives possibles. Et même si l'intention de celui qui l'achète est bonne, on ne maîtrise pas ce que les gens en font.
Certains l'auraient collé pour s'en rappeler et la lire. C'est une belle intention. Mais d'autres l'auraient utilisé comme système de protection, comme un talisman. Ils auraient mis leur confiance dans le sticker lui-même, pas dans les paroles d'Allah récitées avec présence du cœur.
Et ça, c'est une porte vers quelque chose qu'on ne voulait pas ouvrir.
Le Prophète ﷺ a mis en garde contre les talismans, même ceux qui contiennent des paroles du Coran, parce que la protection vient d'Allah seul, et non d'un objet.
On ne pouvait pas, en conscience, mettre un produit sur le marché en sachant qu'une partie de ceux qui l'achètent risquait de tomber dans cette confusion. Même involontairement. Même avec la meilleure des intentions.
La décision
On a annulé le produit.
Pas parce qu'on pensait que tout le monde allait en faire un talisman. Pas parce que l'intention derrière était mauvaise. Mais parce qu'on ne voulait pas être, même indirectement, un vecteur de confusion sur un sujet aussi sérieux.
Et cette décision nous a forcés à revenir à la base. À nous demander : qu'est-ce qu'on veut vraiment faire avec cette marque ?
Ce que ça nous a appris sur notre vision
On a réalisé quelque chose d'important. Ce qu'on voulait créer, ce n'étaient pas des stickers islamiques en général. C'étaient des stickers qui accompagnent des moments.
Des invocations du quotidien, liées à des actes précis, placées dans des endroits précis. Pas pour décorer. Pour rappeler.
Qu'est-ce qu'on dit avant de manger ? Qu'est-ce qu'on dit en sortant de chez soi ? En rentrant ? En s'habillant ? En passant devant le miroir ? En entrant dans la salle de bain ?
Ces invocations, beaucoup les connaissent. Mais dans le feu du quotidien, on les oublie. On sort sans dire Bismillah. On mange sans dire A'oudhou billah. On s'habille sans rien.
Un sticker au bon endroit ne remplace pas l'apprentissage. Mais il peut être le déclencheur. Le petit signe qui rappelle, au bon moment, qu'il y a une parole à dire.
Pourquoi on vous raconte ça
Parce que chaque produit qu'on sort a une histoire derrière lui. Une réflexion. Une validation. Et parfois, un produit qu'on n'a pas sorti.
On aurait pu faire autrement. On aurait pu se dire que la majorité des gens ont de bonnes intentions, que ça aurait bien marché, et passer à autre chose.
Mais cette marque, on ne la construit pas pour qu'elle marche. On la construit pour qu'elle soit juste.
Qu'Allah nous préserve de vendre ce qui pourrait nuire, même involontairement. Et qu'Il accepte de nous ce qui est sincère. Amine.