Ce que le Coran, la Sunna et les savants nous enseignent
Astaghfiroullah.
On le dit souvent. Après la prière, le matin, le soir. Par habitude parfois, par conviction d'autres fois.
Mais ce que l'istighfar produit réellement dans la vie du croyant dépasse ce que beaucoup imaginent. Les savants, en s'appuyant sur le Coran et la Sunna, ont établi des liens entre la demande de pardon et des effets concrets sur cette vie et sur l'au-delà.
Ce que l'istighfar signifie vraiment
L'istighfar vient de la racine ghafara, qui signifie couvrir, protéger. Demander l'istighfar, c'est demander à Allah de couvrir nos péchés, de les protéger de la punition, de les effacer.
Ce n'est pas une formule mécanique. Ibn Al-Qayyim explique dans Madarij As-Salikin que l'istighfar authentique implique trois choses : la reconnaissance de sa faute, le regret, et la ferme intention de ne pas y revenir. C'est quand ces trois éléments sont réunis que l'istighfar produit ses fruits.
Le hadith fondateur : trois portes ouvertes
Ibn 'Abbas (qu'Allah soit satisfait de lui) rapporte que le Prophète ﷺ a dit :
« Celui qui multiplie la demande de pardon, Allah lui accordera une issue à toute épreuve, un soulagement à tout souci, et lui accordera la subsistance de là où il ne s'y attend pas. »
(Musnad Ahmad, n°2234. Jugé authentique par Ahmad Chakir)
Ce hadith établit trois liens directs entre l'istighfar et la vie du croyant :
Une issue à toute épreuve. Un soulagement à tout souci. Un rizq inattendu.
Ce ne sont pas des promesses vagues. C'est une causalité établie par le Prophète ﷺ lui-même. L'istighfar n'est pas seulement un acte de repentir. C'est une cause d'ouverture.
Le Coran l'a dit avant les hadiths
Le Prophète Nouh (que la paix soit sur lui) a passé des siècles à appeler son peuple vers Allah. Et parmi les moyens qu'il leur a enseignés, l'istighfar était central. Allah rapporte ses paroles dans la Sourate Nouh (71:10-12) :
« J'ai dit : 'Implorez le pardon de votre Seigneur, car Il est grand Pardonneur, pour qu'Il vous envoie du ciel des pluies abondantes et qu'Il vous accorde beaucoup de biens et d'enfants, et vous donne des jardins et vous donne des rivières.' »
(Sourate Nouh, 71:10-12)
Nouh (que la paix soit sur lui) associe directement la demande de pardon à la pluie, aux biens, aux enfants, aux jardins, aux rivières. C'est une leçon à retenir : l'istighfar ouvre des portes dans ce monde, pas seulement dans l'au-delà.
L'istighfar et le destin : ce que les savants ont expliqué
La question du destin et de l'istighfar est l'une des plus profondes de la théologie islamique. Peut-on vraiment changer ce qu'Allah a écrit ?
Les savants, à partir des textes, ont établi une distinction essentielle. Il y a ce qui est écrit dans Al-Lawh Al-Mahfoudh (la Tablette Préservée), que rien ne peut changer. Et il y a ce qui est confié aux anges, qui peut être modifié par les causes qu'Allah Lui-même a établies, dont le dou'a et l'istighfar.
Ibn Taymiyya (qu'Allah lui fasse miséricorde) explique que le dou'a et l'istighfar font eux-mêmes partie du destin d'Allah. Celui qui fait l'istighfar avec sincérité le fait parce qu'Allah l'y a guidé. Et le résultat de cet istighfar est lui aussi inscrit dans le plan d'Allah.
La pratique du Prophète ﷺ
Ce qui est saisissant, c'est que le Prophète ﷺ lui-même faisait l'istighfar en abondance. Lui, dont les péchés passés et à venir avaient été pardonnés.
Abou Hourayra (qu'Allah soit satisfait de lui) rapporte :
« Je jure par Allah que je demande le pardon d'Allah et me repens à Lui plus de soixante-dix fois par jour. »
(Al-Bukhari, n°6307)
Dans une autre narration, le nombre mentionné est cent fois par jour. Ibn Al-Qayyim explique que le Prophète ﷺ faisait l'istighfar non pas par sentiment de culpabilité, mais par conscience de la grandeur d'Allah et de la petitesse de tout ce qu'un serviteur peut offrir. C'est cet état intérieur qui est le véritable istighfar.
L'istighfar comme posture permanente
Ibn Rajab Al-Hanbali écrit dans Jami' Al-'Oloum wal-Hikam que l'istighfar ne devrait pas être réservé aux moments de culpabilité ou aux périodes difficiles. Il devrait être une posture permanente du croyant, qui reconnaît en toute circonstance qu'il est en-deçà de ce qu'Allah mérite.
Le Prophète ﷺ recommandait de dire Astaghfiroullah trois fois après chaque prière. De le répéter le matin et le soir. Et de ne jamais laisser passer une journée sans en remplir les heures.
Ce qu'Astaghfiroullah peut faire dans une vie
Une parole. Prononcée avec sincérité, avec conscience de Celui à qui on s'adresse.
Elle peut ouvrir une porte dans une situation bloquée. Soulager un cœur qui s'étouffe. Attirer un rizq qu'on n'attendait pas. Et dans l'au-delà, effacer ce qu'on aurait voulu n'avoir jamais fait.
C'est peut-être l'acte le plus accessible de l'islam. Le moins coûteux. Et le plus fertile.
Qu'Allah nous facilite l'istighfar, en fasse une habitude du cœur, et nous accorde Sa miséricorde. Amine.
Sources :
- Musnad Ahmad, n°2234, jugé authentique par Ahmad Chakir (hadith d'Ibn 'Abbas)
- Coran, Sourate Nouh (71:10-12)
- Sahih Al-Bukhari, n°6307 (istighfar du Prophète ﷺ)
- Ibn Al-Qayyim, Madarij As-Salikin (définition et conditions de l'istighfar)
- Ibn Al-Qayyim, Zaad Al-Ma'ad (istighfar du Prophète ﷺ)
- Ibn Taymiyya, Majmou' Al-Fatawa (destin et dou'a)
- Ibn Rajab Al-Hanbali, Jami' Al-'Oloum wal-Hikam (istighfar comme posture permanente)